Rester un couple après la mort d’un bébé

Bonjour bonjour

Aujourd’hui je voulais aborder le sujet du couple après le décès d’un bébé, je sais que ça ne parlera pas à beaucoup de monde et j’ai même envie de te dire TANT MIEUX ! Néanmoins, ça arrive, et si on dit qu’à l’arrivée d’un enfant rester un couple est compliqué je peux t’assurer que rester un couple après son décès est bien plus difficile encore. C’est d’ailleurs pour ça que je n’arrivais pas vraiment à écrire ce post, comment traiter de ce sujet ? et je précise qu’il s’agit uniquement de NOTRE vie à nous.

Je vais commencer simplement, nous n’avons JAMAIS cherché à rejeter la faute l’un sur l’autre. Il ne m’en a jamais voulu et moi non plus. Ça me semble primordial pour affronter cette douloureuse épreuve ensembles, main dans la main. Le jour de l’enterrement, Thierry était appuyé sur un pilié de l’église et j’étais dans ses bras, ma tête sur son épaule. Quelques heures avant la naissance de ce petit sixième j’étais appuyée sur ce même pilié quand mes contractions se faisaient plus douloureuses et m’empêchaient un peu de marcher.

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Difficile pourquoi ? parce que l’on ne vit pas les choses dans le même ordre, le deuil est très personnel, la douleur, le manque également, parfois on se demande comment on va tenir jusqu’au soir debout, sourire… alors, supporter l’autre c’est quelque fois mission impossible. Lorsqu’on est triste on aimerait que tout le monde soit triste avec nous à commencer par notre conjoint et s’il ne le vit pas de la même façon que nous et ben ça peut mettre des tensions aussi hélas.

Il faut réussir à accepter les différences de l’autre, je crois que l’on passe tous par les mêmes phases dans le deuil, mais pas obligatoirement de la même façon, pas avec la même intensité et surtout pas au même moment ! et c’est difficile à accepter, à comprendre. Et pourtant, c’est la base il y a des gens qui vont penser que c’est évident, oui sans jamais l’avoir vécu on le sait, en le vivant c’est différent, comme tout d’ailleurs. Surtout que tout le monde à son avis à donner sur comment gérer sa peine, faire et ne pas faire.

Je me souviens après ma reprise du travail vers la fin octobre, ma petite sœur était chez nous et je parlais de la fontaine à eau pas loin de mon bureau que je n’arrivais pas à localiser et que bien entendu je n’osais demander à personne où elle se trouvait. Ma petite sœur m’avait alors donné pour mission de la retrouver le lendemain. Le soir je rentre du travail et nous discutons du fameux gisement de ladite fontaine à eau, toujours non identifié. Je me suis mise à rire, tellement que j’en pleurais. Après cet instant j’ai réalisé que c’était le premier moment pendant lequel je n’avais pas pensé à Valou depuis sa naissance et surtout son décès, et j’ai culpabilisé en même temps que j’ai été soulagée de voir que j’en étais aussi capable.

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Un peu plus tard nous avons reparlé de ce moment avec mon mari et je lui ai dit mes états d’âme, du fait que j’étais heureuse et que je commençais à avoir justement besoin de parfois réussir à ne plus penser à lui juste quelques minutes. Il m’a alors avoué que pour lui c’était tout l’inverse qu’il ressentait le besoin de penser à notre  bébé encore plus. Pour être honnête, s’en est resté là, quand nous avons besoin nous en parlons, mais globalement on ne souhaite pas non plus parler exclusivement de sa mort. Et pourtant, il occupe je crois 90% de nos conversations…

La vie intime, elle en est où ? Pour ne rien te cacher, bien que je n’entre pas non plus dans les détails rassure toi, elle en prend un sacré coup ! comment avoir des moments à deux quand on pense 99% de sa journée et de sa nuit à son bébé ? comment s’autoriser des moments de câlins à deux dans ses conditions ? la réponse je ne l’ai pas, c’était et c’est toujours difficile. Je crois qu’il ne faut pas se forcer mais il faut aussi prendre l’autre en considération. Ne pas s’oublier en qualité d’homme ou de femme, ne pas oublier le couple. Mais il ne faut pas chercher à aller trop vite pour faire plaisir à l’autre au risque de lui reprocher plus tard de ne pas avoir été suffisamment prêt et écouté. C’est un sujet bien délicat et il faut que chaque couple trouve son rythme, en fonction de l’individu.

En ce qui nous concerne, après environ un an et demi, nous n’avons pas totalement répondu à la question. Nous parlons énormément c’est ce qui fait notre force je crois même si, parfois nous n’arrivons pas à tout exprimer. Nous avons fait des sorties à deux, on a continué notre vie, pas « comme avant » mais plutôt comme elle était après.

Vivre une sixième grossesse assez rapidement nous a aidé aussi à nous recentrer sur nous deux. C’était un gros projet et au delà de ça, un nouveau bébé a aimer in-utero, la première grossesse a deux avec de l’haptonomie. Concrètement, notre tribu nous a aidé à rester soudé autour d’eux.

On dit que le temps guérit les blessures j’en ai toujours été convaincue, et aujourd’hui encore ! Il m’arrive toujours de pleurer, seule, avec Thierry, avec des ami(e)s même si c’est plus rare. Il m’arrive de pleurer quand je regarde notre dernier né à un âge que son grand frère n’aura jamais connu… Mais on essaie toujours de vivre nos moments plus douloureux dans la communication. Ne pas s’enfermer dans sa tristesse afin qu’elle reste maîtrisée, sereine malgré tout.

Je ne suis pas certaine d’avoir apporté beaucoup de réponses aux questions que j’ai moi-même posées, mais si elles peuvent amener à une réflexion. Pour nous, ça a conduit a une réflexion sur notre engagement lors de notre mariage, il fallait le vivre ensembles !